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lundi 4 mai 2015

Pour une transition alimentaire (Le Monde, 28/04/2015)

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. » Ainsi s’exprimait Jacques Chirac à l’occasion du Sommet de la Terre en 2002. Ce cri d’alarme concernant le climat aurait mérité aussi d’être prononcé au sujet de la situation alimentaire. Sommée de produire, l’agriculture souffre et pollue, une trop grande part de l’offre alimentaire est sans valeur nutritionnelle, de nombreuses formes de malnutrition persistent, l’obésité progresse et nous restons étrangement passifs.
A l’occasion de l’ouverture, le 1er mai, de l’Exposition universelle de Milan sur le thème : « Nourrir le monde », mais aussi de la récente autorisation de quelques cultures OGM en Europe, le moment est venu de réfléchir sur la nécessité d’engager une nouvelle transition alimentaire.
En France comme dans bien d’autres pays, nous avons perdu la majorité des agriculteurs qui donnaient une âme aux territoires ruraux et ceux qui restent, assujettis à des charges financières toujours croissantes, sont contraints de s’agrandir et d’industrialiser leur production pour survivre.
Le déséquilibre nutritionnel de l’offre alimentaire a des conséquences évidentes sur le plan de la santé publique, comme le prouve la montée de l’obésité, des maladies métaboliques et des cancers.
Cette folle course au productivisme n’est pas sans effets sur la santé des sols, l’utilisation des intrants, la pollution de l’environnement et l’émission des gaz à effet de serre. La résolution des questions climatiques semble ainsi dépendre du succès de l’agroécologie, dont la mise en œuvre est encore incertaine, faute d’investissement.
Prenant le relais du productivisme agricole, l’industrialisation de l’alimentation a permis de disposer d’une alimentation abondante et peu onéreuse. Mais la malbouffe a aussi envahi les supermarchés. Le déséquilibre nutritionnel de l’offre alimentaire a des conséquences évidentes sur le plan de la santé publique, comme le prouve la montée de l’obésité, des maladies métaboliques et des cancers.
La longévité en bonne santé de la population est ainsi fort médiocre, et les dépenses de santé en constante augmentation. Dans ce paysage alimentaire, ni la santé de l’homme ni celle de la planète ne peuvent être gérées correctement, d’où la nécessité de développer une autre politique alimentaire plus cohérente. Voici les quatre grands chantiers que devrait mettre en œuvre la société pour assurer son avenir alimentaire.

Révolution agricole verte

Le premier serait de concevoir une offre alimentaire adaptée aux besoins nutritionnels de l’homme et à la santé de la planète, à l’instar des traditionnels régimes méditerranéens ou asiatiques qui ont fait leurs preuves. Ces régimes durables sont riches en produits végétaux naturels et assez pauvres en calories d’origine animale. Nous nous en sommes très éloignés. A la suite de l’abandon des habitudes alimentaires traditionnelles, la première transition alimentaire s’est traduite par une consommation excessive de produits animaux et d’aliments transformés par l’industrie.
Rectifions le tir : cessons de nous gaver de produits animaux coûteux à produire et de produits transformés riches en calories vides ; apprenons à consommer des aliments de bonne qualité nutritionnelle. L’industrie agroalimentaire a réussi à nous fournir des aliments sûrs au niveau microbiologique, elle doit maintenant produire des aliments sains sur le plan nutritionnel. Sa responsabilité évidente dans l’épidémie d’obésité pourrait l’inciter à relever un nouveau défi nutritionnel, porteur aussi d’un enjeu économique intéressant.
Le deuxième chantier serait de réussir une révolution agricole réellement verte. La première révolution dite verte ne méritait pas son nom, ignorant la vie microbienne des sols, les considérant comme un support des engrais chimiques, développant des cultures protégées par des pesticides, portant atteinte à la biodiversité naturelle. C’est quasiment tout l’inverse qu’il faut développer, mettre en place une agroécologie très économe en intrants qui augmente la matière organique des sols et développer une agriculture nourricière tournée vers la satisfaction des besoins nutritionnels humains, moins centrée vers les productions animales.
Cessons de nous gaver de produits animaux coûteux à produire et de produits transformés riches en calories vides ; apprenons à consommer des aliments de bonne qualité nutritionnelle.
Ainsi, les clivages entre agriculture biologique et conventionnelle devraient se réduire, chacune suivant le fil directeur d’une agroécologie, l’agriculture conventionnelle parvenant à réduire fortement l’utilisation des intrants et ses empreintes écologiques. Pour favoriser cette évolution, le mieux serait de vite définir des normes plus contraignantes en matière d’utilisation des pesticides.
La voie actuelle d’une industrialisation croissante de l’agriculture et de l’élevage est incompatible avec une gestion plus écologique du vivant. Pour cultiver la terre comme un jardin et sauvegarder son potentiel de vie, pour élever des animaux selon les règles d’un contrat domestique élémentaire, pour développer les circuits courts, nous aurions besoin de plus de paysans.

Acquis récents de la nutrition préventive

C’est à la société de mettre un terme à l’exode rural et de donner les moyens à beaucoup plus de jeunes de s’installer, puisque la PAC ne le permet pas. Le développement de fermes ou d’ateliers de transformation tournés vers la vente directe ou les circuits courts devrait être soutenu pour favoriser les emplois agricoles. Faisons-en un enjeu politique majeur !
Le dernier chantier, celui de la santé publique, revêt un caractère majeur. Beaucoup ignorent qu’un même type de nutrition peut être efficace pour la prévention de toutes les pathologies. En facilitant le fonctionnement de l’organisme, une bonne nutrition préventive, surtout si elle est pratiquée à l’échelon d’une vie entière, ralentit le vieillissement avec son cortège de pathologies.
Il est remarquable que des régimes basés sur une grande diversité végétale et très économes en produits animaux puissent avoir l’immense avantage d’être efficaces pour gérer la santé de l’homme, mais aussi celle de la planète, ce qui donne beaucoup de cohérence à leur mise en œuvre. Nous ne sommes qu’au balbutiement d’une gestion intelligente de la santé par l’alimentation, puisque notre premier programme national nutrition santé (PNNS) ne date que de 2001.
Une frange bien trop grande de la population, non seulement ne bénéficie pas des acquis récents de la nutrition préventive, mais est victime des mauvaises pratiques du secteur agroalimentaire et du laxisme des pouvoirs publics. Alors oui, une transition alimentaire réussie pourrait changer la donne. Grâce à une vulgarisation efficace et un bon suivi nutritionnel, les citoyens sauraient comment bien se nourrir et disposeraient d’une offre alimentaire adaptée à leurs besoins. Dans ces conditions, les dépenses de santé seraient réduites et les économies réalisées pourraient servir à mieux se nourrir.
S’ils étaient bien perçus et compris, les enjeux d’une transition alimentaire réussie, à l’instar de la transition énergétique, seraient considérables. Il est difficile d’imaginer l’étendue des bénéfices d’une politique aussi cohérente et globale. Saurons-nous la mettre en place ? Voilà un débat politique de fond qu’il conviendrait enfin d’ouvrir !
Christian Rémésy (Nutritionniste, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique/INRA)

samedi 2 mai 2015

TCHERNOBYL, 29 ans après...

Près de 29 ans après la catastrophe de Tchernobyl, la députée européenne Michele Rivasi (EELV), l'ancienne ministre de l'environnement Corinne Lepage et l'ancien député européen Dany Cohn-Bendit (EELV) appellent à une "expertise indépendante" sur les conséquences de la catastrophe nucléaire.

Voilà 29 ans que le réacteur 4 de la centrale ukrainienne de Tchernobyl explosait. Le temps fait son office et, sans la terrible piqûre de rappel de la catastrophe de Fukushima, on pourrait presque penser que tout est désormais sous contrôle dans la zone d’exclusion et les villes environnantes. Et pourtant, non.
Sur le site, les autorités ukrainiennes se débattent encore avec les déchets et le confinement du cœur du réacteur. L’ancien centre de stockage intermédiaire pour les combustibles usagés doit désormais être remplacé pour des raisons de sûreté, travaux qui nécessitent déjà 140 millions d’euros de plus que les 300 millions prévus.

95% des matériaux radioactifs dans le sarcophage

Quant au sarcophage du réacteur 4, dont une partie s’était effondrée en 2013 sous le poids de la neige, il ne sera finalement recouvert par une seconde arche de confinement qu’en 2017. Un retard de deux ans qui pourrait être aggravé par un surcoût de 600 millions d’euros. La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement s’est déjà engagée en novembre 2014 à fournir 350 millions supplémentaires et a avancé une part des fonds du G7. Reste néanmoins un trou de 100 millions d’euros pour compléter un budget total estimé à environ 1.5 milliards d’euros.
On estime qu’il reste à l’intérieur du sarcophage 95% des matériaux radioactifs qui étaient présents dans le réacteur quand il fonctionnait, seuls 5% s’en étaient échappés, contaminant une majeure partie de l’Europe. Les risques d’un redémarrage des réactions nucléaires en chaîne par contact avec l’eau ou de dispersion des poussières radioactives par effondrement du toit du sarcophage justifient donc un tel chantier. Et le résultat est à la hauteur des enjeux : colossaux. Le sarcophage initial (construit à la va-vite pendant la catastrophe) n’étant plus hermétique et risquant de s’effondrer, une arche métallique de 25 000 tonnes et de 108 mètres de haut permettra de confiner les matières radioactives et empêcher l’infiltration d’eau…pour un siècle encore.
Impuissance aussi du côté des territoires contaminés, au-delà de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Depuis 1991, plus de 60 millions d’euros ont été dépensés par la Commission Européenne pour arriver à mieux comprendre les effets impacts environnementaux et sanitaires des radiations et de la contamination. Une banque d’échantillons a par exemple été créée (la Chernobyl Tissue Bank) pour étudier l’impact des radiations sur les tissus et essayer d’apporter un peu de lumière sur l’augmentation avérée des cancers de la thyroïde et du sein, mais aussi les risques de leucémie liés aux radiations.
Jusque-là, rien de concluant : les scientifiques se débattent avec des problèmes de représentativité des échantillons, avec une absence de registres des cancers et surtout, avec la partialité des gouvernements ; quand les chercheurs ne sont eux-mêmes pas directement liés à l’industrie nucléaire.

Entre flou scientifique et magouilles du lobby nucléaire

Cette partialité (et l’interprétation des résultats qui s’ensuit) est particulièrement criante quand on aborde le sujet hautement controversé de la "réhabilitation" des territoires contaminés. Il y a un an, Michèle Rivasi avait dénoncé le manque de transparence de projets comme CORE (Coopération pour la REhabilitation) et surtout de son volet "santé". Depuis, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a indiqué qu’aucun résultat ne serait communiqué avant publication dans une revue scientifique. 7 ans après la fin du projet, toujours pas de rapport d’activité ni d’accès aux résultats d’un programme pourtant financé dans son ensemble pour plus d’un million d’euros par l’Union Européenne !
L’IRSN stipule désormais que les bilans de santé réalisés sur les 3000 enfants du district de Chechersk "ne s’apparentai[en]t pas à une étude épidémiologique". Voilà qui préfigure de la teneur des résultats, bien loin des premières informations sur l’anémie publiées par des partenaires norvégiens du projet. Partenaires qui évoquent d’ailleurs pudiquement une "rupture du contact" avec les Français depuis 2010.
Entre flou scientifique et magouilles du lobby nucléaire (rappelons une phrase qui nous a été rapportées : l’étude ferait "peur aux parents"), la Commission Européenne - encouragée par notre détermination et l’activisme institutionnel de Michèle Rivasi - a tout de même débloqué 4 millions d’euros pour la création d’un centre écologie et santé dans le district d’Ivankov, un des plus contaminés d’Ukraine. Des appareils de mesure ont ainsi été fournis à l’hôpital principal pour permettre aux familles d’avoir un suivi régulier de l’état de santé de leurs enfants et étudier leur contamination interne en radioéléments et métaux lourds.
Sous la houlette du Professeur Youri Bandajevsky, 3085 enfants de la deuxième génération (ceux nés après la catastrophe) ont été suivis. 81.9% d’entre eux sont atteints de problèmes cardiovasculaires (arythmie, tachycardie) qui les empêchent d’avoir une vie normale et les prive de toute vitalité. L’enjeu est maintenant de comprendre si ces problèmes sont liés à une fragilité génétique transmise ou s’ils sont dus à la contamination interne par ingestion d’aliments contaminés. Il est primordial d’en savoir plus pour mieux traiter les victimes et prendre les décisions qui s’imposent.
Certes, ces avancées peuvent sembler dérisoires face au mal qui afflige l’ensemble des victimes de la radioactivité. Mais au moins verra-t-on une expertise indépendante naître parmi les Ukrainiens, avec à la clef, enfin, une véritable vision sur l’ampleur de la catastrophe.


Michèle Rivasi, Corinne Lepage et Dany Cohn-Bendit

dimanche 12 avril 2015

Quelques réflexions sur des élections départementales 2015


Les élections départementales ont rendu leur verdict : Front national à 25%, présent au second tour dans près de la moitié des cantons, et majorité socialiste et alliés à 20%. Mais, nous répète-t-on, tout va bien ou mieux.
Pourtant…
Une partie de la gauche a montré qu’elle ne se reconnaissait plus dans le socialisme et les Verts, qui reproduisent d’ailleurs les grands partis devenus sclérosés. Jacques JULLIARD estime ainsi qu’il ne s’agit pas « d’un vote sanction mais d’un vote de désaffiliation. Une partie du Peuple de gauche vient de tirer sa révérence. C’est la gauche tout entière qui est sanctionnée ». Le Front de gauche compris. Et J. JULLIARD d’apporter cette analyse si juste lorsqu’il écrit qu’il y a « dans cette représentation de la gauche, quelque chose de détestable. Elle consiste à cantonner le peuple à ses besoins matériels et à réserver la satisfaction des aspirations spirituelles et morales à la fraction intellectuelle de la société bourgeoise. Il est à peine besoin de dire ce qu’une telle vision contient de mépris implicite pour la plèbe moderne ». Le peuple « a aussi besoin de se reconnaître dans une identité et d’être associé à part entière dans un projet ».
Mais attention, car la victoire de la droite est ponctuelle et, à ce titre, elle ne doit faire preuve d’aucun triomphalisme. Il n’y a aucune  droitisation de la société, mais plutôt un rejet de la majorité et des partis politiques  ainsi que, et surtout, plus de 50% d’abstention. Force est de constater un grand malaise dans la représentation des citoyens. La politique est devenu un métier, affaire d’initiés et de cooptés, qui a pris le pas sur la vocation. Nombre d’élus n’ont aucun sens du service. Inutile d’aller plus en avant sur ce sujet.
Le problème réside dans le constat que la France est incapable d’innover en matière politique, ne serait-ce comme en Espagne avec PODEMOS ou en Grèce avec SYRIZA. Le blocage est évident mais il faudra bien un jour avancer…
Donc, malgré ces constatations, « je vais bien, tout va bien » !
Pourtant…
Augmentation du chômage sur un an, même si réduction en février pour les chômeurs de moins de 25 ans en catégorie A. Quid des catégories B et C et des plus de 25 ans pour la catégorie A? Déficit public inférieur à ce qui était prévu par la loi de finances rectificative (ne prenant en compte que les déficits de l’Etat, c’est-à-dire 35% de la dépense publique), mais supérieure à la loi de finances initiale ! Précisons que les chiffres ont été publiés à 48 heures des élections départementales…
De là à dire qu’un vilain tableau a été intentionnellement dressé pour montrer ensuite que tout va mieux ou que les chiffres publiés sont volontairement incomplets… il n’y a qu’un pas que nous ne pensons même pas franchir. Qui peut croire que tout va subitement mieux alors que les engagements sont rarement tenus. Rappelons que le déficit de la sécurité sociale est de 2,5 milliards et que la dette atteint désormais 95% du PIB.
Camouflage ou camouflé ? Difficile en tout cas de se satisfaire de ces chiffres avec une inflation aussi faible. Et que fait-on de ces sommes colossales qui n’atteignent même plus leurs objectifs sociaux et économiques ? Comment sont-elles gérées ?
Le pouvoir s’éloigne du citoyen.  
Pour s’en convaincre, s’il en est encore besoin, la campagne des élections départementales qui s’est focalisée sur le Front national alors que de véritables questions sont en suspens, par exemple les rapports des départements avec les régions et les métropoles à l’heure où la globalisation inquiète les électeurs et les abstentionnistes. Alors que, justement, le Front national a fait de ce thème sa campagne !
Triste constat dont le seul remède sera de placer enfin le citoyen au centre des débats pour plus de démocratie.

dimanche 15 mars 2015

Démocratie. Quelle démocratie ?


Dans l’esprit du précédent article, nous devons convenir que la démocratie est malmenée. La Grèce et l’Union européenne nous le démontrent. Et ce n’est pas sans conséquence !
Comme l’exprime si bien Pierre RAHBI dans son livre « Vers la sobriété heureuse », « dans le contexte d’un monde à ce point perverti par la lâcheté et le consentement aveugle des citoyens, il y a quelque chose de pathétique dans la quête éternelle de l’homme providentiel et du bouc émissaire. Aujourd’hui, par une perversion de la démocratie, qui n’offusque même plus l’opinion, des dictateurs d’une nature particulière sont intronisés, adoubés par des parodies de suffrage universel. Et cela est encore et toujours admis parce qu’un réseau d’intérêts occultes et souterrains  étouffe l’indignation dans l’œuf, et, face à toutes les turpitudes, on se contente de quelques protestations impuissantes. Cela nous dédouanera-t-il  de notre responsabilité à l’égard de notre destin individuel et celui de la collectivité ? Destins dont le sens et la finalité échappent souvent à notre entendement». En écho à notre constat, ce passage du livre de P. RABHI décrit parfaitement la situation actuelle, aussi réaliste que préoccupante.
Comment s’étonner du succès du Front national ? Ce dernier n’offre en réalité qu’une antithèse aux grands partis de droite et de gauche qui se succèdent au pouvoir. Point de synthèse et encore moins d’innovation. Or, on ne fait pas du neuf avec du vieux. Les thèmes abordés sont bien connus, ils répondent aux attentes et aux inquiétudes des électeurs, principalement en matière d’immigration et de sécurité. Ce parti occupe le terrain que nos politiques ont délaissé, par lâcheté, incompréhension, incompétence sur des sujets devenus souvent tabous et tant d’autres aussi.
Au grand dam de la Commission, l’accord de partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement (TTIP) entre les Etats-Unis et l’Union européenne inquiète les citoyens de l'Europe, à commencer en Allemagne (39% des allemands soutiendraient le projet). Le Front national l'a bien compris et le combat. Les autres partis politiques sont inaudibles... Pendant ce temps, la Commission se demande si elle a assez communiqué sur le sujet et constate qu’en définitive, une telle opposition aura permis en fait de combler cette carence d’information. A aucun moment les citoyens n’ont été consultés, ni sur l’objectif ni sur les moyens. Et qui sait où en sont les négociations avec le Japon ?
Les partis politiques n’apportent plus de réponse car ils sont aveugles, ignorants ou même incompétents. A dessein la pensée unique a vaincu, à tel point que toute différence est marginalisée, stigmatisée et même brutalement montrée du doigt.
Les propos récents d’une élue municipale de Juvisy/Orge sur Mme TAUBIRA ont été repris à des fins polémistes. Des répliques devenues mécaniques, moins pour des raisons de bonne conscience que par calculs politiques. Les propos de cette élue sont plus bêtes que méchants, démontrant que nos politiques cèdent à la facilité et la provocation et négligent l’intelligence. Que l’on soit d’accord ou pas avec Mme TAUBIRA, il est incontestable, je l’ai vue à plusieurs reprises et doit la revoir prochainement, qu’il s’agit d’une personne aussi brillante qu’intelligente. Point. Que dire également de la chanson des Enfoirés, « Toute une vie » dont la polémique est inutile et stérile ? Pourquoi des personnalités, notamment politiques, sont rentrées dans la danse des critiques, pourtant infondées ? Tant les paroles de la chanson que son auteur ne méritent pas de telles invectives. Si nous réécoutions certains humoristes ou autres artistes des années 80 nous serions alors bien choqués !
Toutes ces critiques et jugements démontrent surtout que leurs auteurs n’ont rien à dire et surtout rien à proposer. Il est consternant de constater que cette pensée unique atteint des personnes dont on aurait jamais imaginé qu'ils se seraient pris au piège d’un carcan qui resserre son étau.
Oui, P. RAHBI a raison : le citoyen doit devenir responsable de son destin, individuel et collectif.

vendredi 27 février 2015

La Grèce... et après ?


Alors que la Commission vient d’accorder deux ans de plus à Paris pour ramener son déficit public sous les 3% du PIB, l’Eurogroupe (les 19 ministres des finances de la zone euro), après trois semaines de discussions crispantes, donne du bout des lèvres son aval pour une prolongation de quatre mois de l’aide financière à la Grèce.

Le risque pour la Grèce était de se retrouver sans soutien financier au 1er mars, les banques de ce pays pouvant alors devenir insolvables.

Le gouvernement s'est ainsi engagé, sur un document de six pages, à maintenir un excédent budgétaire suffisant pour rembourser tous ses créanciers. Il lui reste maintenant à convaincre les dix-neuf capitales de l'euro.

Le principal de ces réformes concerne la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales. Aucun gouvernement n’a eu le courage jusqu’ici de les mettre en œuvre alors qu’elles sont réclamées depuis 2010. Le gouvernement en place promet également d’être plus scrupuleux sur les dépenses publiques (notamment la santé et les aides sociales) et les dépenses de fonctionnement. Les réformes des retraites et du droit du travail seront approfondies.

Concernant les privatisations, pourtant la bête noire du parti d’ultra-gauche, M. Tsipras s’engage à ne pas revenir sur celles qui ont été engagées (dont celle du port du Pirée), et « à étudier les privatisations qui n’ont pas encore été lancées, de manière à maximiser les revenus que l’Etat pourrait en tirer ».

Les mesures pour venir en aide aux Grecs les plus touchés figurent en toute dernière page de la liste. Le gouvernement prévoit de répondre aux attentes et aux promesses électorales (fourniture d'électricité gratuite à 300.000 familles, accès gratuit aux services de soins, distribution de coupons alimentaires et compléments aux plus faibles, embauche dans la fonction publique, rétablissement du treizième mois pour les retraités…),  mais sans entrer dans les détails et en précisant que ces politiques seront menées « en veillant à ce qu’elles n’aient pas d’impact budgétaire négatif ».

Le gouvernement Tsipras évoque bien l’augmentation du salaire minimum (une de ses principales promesses de campagne), mais sans avancer de chiffres, ni d’échéance. Le gouvernement s’engage mais «l’augmentation de ce salaire minimum et son timing seront décidés en concertation avec les institutions européennes et internationales ».

D’ici à la fin avril, les Grecs et les Européens vont devoir affiner la liste des réformes et continuer à travailler sur leur faisabilité. Puis, jusqu’à fin juin, ils devront mettre en place les réformes. Ce n’est qu’à l’issue d’une analyse de la situation sur place que le pays pourra recevoir la dernière tranche d’aide qui lui revient dans le cadre du plan d’aide (environ 7 milliards d’euros).

Si les partis d’opposition ont dans l’ensemble salué l’accord, nombreux ceux qui accusent M. Tsipras de volte-face.

Au sein même de Syriza, le parti de la gauche radicale, c’est-à-dire celui du premier ministre, les critiques affluent. Ainsi, M. Glézos, eurodéputé et doyen de cette formation politique, connu pour avoir décroché le drapeau nazi de l’Acropole lors de la seconde guerre mondiale, a déclaré : « Plus d’un mois est passé et la promesse n’est toujours pas transformée en acte… Pour ma part, je demande au peuple grec de me pardonner pour avoir contribué à cette illusion ».

De même, le ministre du redressement productif, de l’environnement et de l’énergie, M. LAFAZANIS, anti-euro bien connu, a réaffirmé que « tout arrangement transitoire doit être compatible avec le programme du gouvernement et ne pas nuire à son essence et à son orientation de gauche radicale ».
 
 
De la Grèce à la France, n’y a-t-il qu’un pas ? Peu importe la réponse d’ailleurs car, au fond, nous ne pouvons nous empêcher de penser que tout fonctionne en circuit fermé, dans un cadre pré-déterminé, sans possibilité de sortie. Œillères, automatismes inconscients et consciences chloroformées ! Pensée unique de RIGUEUR, différences gommées ou marginalisées. Alternatives étouffées et pourtant…en y regardant de plus près, des lumières s’allument. Encore faut-il vouloir les voir ou savoir les reconnaître.

dimanche 1 février 2015

Quid des élections en Grèce ?

Personne ne croit, y compris en Grèce, que TSIPRAS (36% des suffrages), qui a décidé de faire alliance avec la droite souverainiste (4,75 des voix), fera des miracles. Mais les grecs ont voulu rétablir leur fierté. Bien entendu, la défaillance de la Grèce n’est due qu’à elle-même, pas à l’Europe.

Le résultat des élections grecques n’a pas non plus modifié la position de la Commission européenne, J.C. JUNCKER affirmant que la Grèce a accepté deux plans d’ajustement, en 2010 et en 2012 pour un montant de 240 milliards, et qu’elle doit donc s’y tenir.

Concernant la répartition de la dette grecque, le FMI, qui a prêté 32 milliard d’Euros, et la BCE, pour 27 milliards d’Euros, sont des créanciers privilégiés puisqu’ils seront remboursés en priorité. Le FMI n’entend pas négocier ce prêt et souligne même qu’il a toujours été remboursé. La BCE a, quant à elle, reversé à la Grèce une partie  des intérêts qu’elle avait perçus et les traités européens lui interdisent d’aller plus loin. Les autres bailleurs de fonds, assureurs et banques notamment, qui détiennent 53 milliards d’Euros de la dette, ont déjà consenti un sacrifice de 70% sur la valeur des titres (107 milliards d’Euros). Enfin, 195 milliards d’Euros ont été consentis par les gouvernements européens, dont 141,8 milliards à un taux de 1,5% sur 30 ans qui ne peut pas être réduit. Les Etats ont également offert, en 2012, 10 ans sans intérêts à la Grèce. Bien entendu, la durée des prêts pourraient être allongée à 50 ans ou plus. Mais les négociations porteront certainement sur le solde des prêts accordés par les Etats, soit 53 milliards d’Euros.
D’autres assouplissements devraient suivre si la Grèce obtient un excédent budgétaire. M. JUNCKER a précisé récemment que la France doit elle-même entreprendre des réformes structurelles, notamment en droit du travail et sur le plan budgétaire, laissant entrevoir aussi de possibles sanctions.

Ce qui semble évident, c’est que les citoyens pensent qu’ils ne maîtrisent pas leur destin et cherchent à s’exprimer face au malaise (globalisation, épuisement des finances publiques…). D’où le repli national. Précisons aussi que le parti néo-nazi grec  devient la troisième force du pays avec plus de 6% des voix. Et n’oublions pas que la grogne à l’égard des élites se retrouve en Espagne, avec le mouvement Podemos, et même au Royaume-Unis, pourtant pas membre de la zone euro, et en Suisse.

Les citoyens européens se sentent éloignés de la communauté de destin dont parle Edgar MORIN. Les Etats et les institutions en général, nationales et européennes, pensent qu’ils savent mieux que les citoyens ce qui est bon pour eux et même ce qu’ils veulent ! Le vote est clairement influencé (on répète toujours qu’on doit expliquer aux citoyens avant de voter) et les autres, ceux qui osent voter différemment, sont stigmatisés, jusqu’à les faire voter à nouveau si le résultat n’est pas conforme. C’est de l’infantilisme, au mieux, de la manipulation, au pire.

L’Europe ne se fera pas contre les régions et les Etats. L’Europe ne se fera pas s’il existe une volonté de centralisation. C’est même tout le contraire. L’Europe a beaucoup fait pour le développement régional mais l’intérêt du citoyen a été oublié, quoi qu’on dise. Il est urgent qu’il retrouve sa place, au centre du dispositif européen.